Le rêve était beau, comme toujours.
Hier, les songes ont du lutter longtemps pour enfin l'emporter. Trop de choses battaient dans son cœur, sous sa peau, sous ses tempes.
Il a fallu de la patience. Attendre qu'elle se calme un peu, d'elle-même. Et tout doucement, avec d'infinies précautions, les songes ont fini par l'envelopper de leurs ailes.
Alors lentement, ses traits se sont détendus. La nuit a lissé le visage, apaisé les traces de sa peine. Elle s'est abandonnée sur l'oreiller, s'est laissée glisser vers le sommeil bienfaiteur. Et
doucement toujours, le rêve a poussé la porte de son inconscient. Il a teinté sa nuit de tendresse et d'espoir. Peut-être, peut-être même qu'on sourire léger s'est posé à nouveau sur ses
lèvres.
Et comme tous les matins, elle s'est réveillée dans ses bras. Contre lui, contre sa peau. Protégée. Invincible. Heureuse. Prête à
toutes les batailles, à toutes les marées, pourvu que ça soit à ses cotés.
Elle rêvait encore, les yeux à demi-clos, quand son souffle s'est bloqué. Ses mains se sont crispées sur le vide, puis sur le drap. Comme pour vaincre les émotions qui la submergent, qui la font
tanguer. Elle cherche sa respiration, se concentre. Elle lutte, elle s'accroche. Et la vague passe et les larmes coulent. Elle laisse déferler la tempête. L'avenir qui s'écroule. Les projets qui
flottent, de-ci de-là. Certains diraient qu'elle en a fait trop. Qu'elle aurait du se protéger de tout ça. Qu'il était bien trop tôt pour vouloir construire tant de choses, qu'elle aurait du se
barricader contre ses propres rêves.
Mais voilà, elle n'a jamais mis de barrière. C'est pas son truc, les barrières. Ca serait à refaire, elle n'en mettrait pas plus. Pourquoi s'empêcher de rêver, de croire que tout est possible,
quand on aime et qu'on est aimé ?
Et maintenant, le vent est là qui la transperce. Bien sur, il lui reste tellement de projets, d'envies, de rêves pour avancer encore.
Mais elle les avait taillés pour deux. Il y avait, il y a toujours de la place pour lui dans la moindre de ses pensées. Elle s'attendait à devoir faire des retouches, bien sur, mais cela ne lui
faisait pas peur. Elle sait coudre. Même des moustiquaires de fer, c'est dire. Et maintenant, elle se retrouve plantée là, dans ces projets trop grands pour elle toute seule. Et elle a peur. Il
va falloir prendre des ciseaux et tout réduire.
Elle n'est pas sure de trouver la force. Elle doute d'avoir encore le courage. La tempête est trop violente. Tout s'effrite, tout se
disloque, tout s'envole.
Sauf, peut-être, quelques arbres là-bas. Debout, malgré les orages, malgré les rafales. Les branches toujours tendues vers le ciel.
Si. La force est au fond d'elle, quelque part. Confusément, elle le sait. Il lui faudra du temps pour la retrouver. Il faut qu'elle se repose. Il faut qu'elle avance. Un pas devant l'autre, et
tant pis pour la peine. Il y avait tant d'étoiles, avant ce tunnel où on l'a plongée. Il doit bien y en avoir à la sortie, aussi. Il faut y croire. Malgré les larmes. Malgré la tristesse qui
semble sans fin. Malgré l'angoisse. Malgré tout.
La vie l'attend.
P'tits mots...